Les symptômes précoces de la sclérose en plaques à connaître

Une fatigue qui ne passe pas malgré le repos, des fourmillements dans une main, un voile flou sur un œil pendant quelques jours. Ces signaux, souvent banalisés ou attribués au stress, peuvent précéder de plusieurs années le diagnostic de sclérose en plaques. Comprendre ces manifestations précoces aide à consulter plus tôt, et donc à bénéficier d’une prise en charge adaptée dès les premiers stades de la maladie.

Phase prodromale de la SEP : des signaux des années avant le diagnostic

La plupart des articles sur la sclérose en plaques décrivent les symptômes neurologiques classiques : troubles de la vision, faiblesse musculaire, engourdissements. Mais des travaux récents changent la perspective. Une équipe dirigée par Helen Tremlett, à l’Université de la Colombie-Britannique, a publié en 2025 dans JAMA Network Open des résultats qui bousculent la chronologie habituelle de la maladie.

Leurs analyses de cohorte montrent que les personnes qui développeront une SEP consultent davantage pour fatigue inexpliquée, douleurs vagues et vertiges jusqu’à quinze ans avant le premier épisode neurologique reconnu. Autrement dit, le corps envoie des signaux bien avant qu’un médecin ne pense à la sclérose en plaques.

Ces symptômes non spécifiques (malaise général, douleurs diffuses sans cause identifiée) sont si fréquents dans la population générale qu’ils passent inaperçus. C’est leur persistance et leur combinaison qui les distinguent. Les auteurs proposent de parler d’une « phase prodromale » de la SEP, un concept qui pourrait à terme modifier la définition même du début de la maladie.

Homme d'âge moyen dans un cabinet médical observant sa main avec inquiétude, évoquant les engourdissements liés à la sclérose en plaques

Anxiété et dépression comme premiers symptômes de la sclérose en plaques

Vous avez déjà remarqué qu’un trouble de l’humeur prolongé peut masquer autre chose qu’un simple épisode de stress ? C’est précisément ce que révèle la même cohorte canadienne. Les consultations pour troubles anxieux et dépressifs augmentent environ quatorze ans avant le premier symptôme neurologique classique de la SEP.

Concrètement, les dossiers médicaux montrent une hausse des visites chez le psychiatre ou le médecin généraliste pour anxiété, dépression ou détresse psychologique, environ douze ans avant le diagnostic. Ces troubles mentaux figurent parmi les tout premiers signaux mesurables dans les parcours de soins des futurs patients.

Ce constat ne signifie pas que toute anxiété annonce une SEP. La maladie reste rare. En revanche, lorsqu’un tableau associe troubles de l’humeur persistants, fatigue chronique et douleurs sans explication claire, il peut être utile d’en parler à son médecin sans attendre l’apparition de signes neurologiques francs.

Symptômes neurologiques précoces de la SEP : ce qui doit alerter

Quand les premiers signes neurologiques apparaissent, ils prennent souvent la forme d’un épisode isolé, appelé syndrome cliniquement isolé. Un seul symptôme survient, dure quelques jours à quelques semaines, puis régresse partiellement ou totalement. Ce caractère transitoire pousse beaucoup de personnes à ne pas consulter.

Voici les manifestations les plus fréquemment rapportées au début de la maladie :

  • Une névrite optique, c’est-à-dire une baisse de vision sur un œil, parfois accompagnée de douleur lors des mouvements oculaires. C’est l’un des modes d’entrée les plus courants dans la SEP.
  • Des engourdissements ou des fourmillements dans un membre, un côté du visage ou le tronc, qui apparaissent sans raison apparente et persistent plusieurs jours.
  • Une faiblesse musculaire localisée, par exemple une jambe qui « lâche » à la marche ou une main qui perd en force de préhension.
  • Des troubles de l’équilibre ou des vertiges, parfois confondus avec un problème d’oreille interne.
  • Une fatigue disproportionnée par rapport à l’effort fourni, différente de la fatigue ordinaire par son intensité et sa résistance au repos.

Chaque symptôme pris isolément peut avoir des dizaines de causes. C’est la combinaison de plusieurs de ces signaux, ou leur récurrence sur des épisodes distincts, qui oriente le diagnostic vers une atteinte du système nerveux central.

Pourquoi ces symptômes vont et viennent

La SEP est une maladie auto-immune dans laquelle le système immunitaire attaque la gaine de myéline qui entoure les fibres nerveuses du cerveau et de la moelle épinière. Quand cette gaine est endommagée, le signal nerveux circule mal, ce qui produit les symptômes.

Lors d’une poussée, l’inflammation provoque des lésions. Quand l’inflammation diminue, la myéline peut se réparer partiellement, et les symptômes régressent. C’est cette alternance entre poussées et rémissions qui caractérise la forme la plus fréquente de la maladie, et qui complique aussi sa détection précoce.

Femme en manteau sombre s'appuyant sur une rambarde en ville, illustrant les troubles de l'équilibre et de la marche associés à la sclérose en plaques

Diagnostic précoce de la SEP : ce qui a changé

Pendant longtemps, il fallait attendre deux épisodes neurologiques distincts pour poser le diagnostic. Les critères actuels permettent désormais de confirmer un diagnostic dès la première poussée, à condition que l’IRM cérébrale et médullaire montre des lésions caractéristiques disseminées dans le temps et dans l’espace.

Cette évolution change la donne. Un patient qui consulte pour une névrite optique isolée peut aujourd’hui obtenir un diagnostic dans l’année, là où il fallait parfois attendre plusieurs années auparavant. Plus le traitement de fond est instauré tôt, plus il freine efficacement la progression de la maladie et la survenue de nouvelles poussées.

Quand consulter sans attendre

Toute apparition soudaine d’un symptôme neurologique, même s’il régresse spontanément, mérite un avis médical. Une vision trouble sur un œil qui dure plus de quelques heures, un engourdissement persistant d’un membre, des troubles de l’équilibre inexpliqués : ces signes justifient une consultation rapide, pas dans six mois.

Le médecin traitant peut orienter vers un neurologue, qui demandera une IRM et éventuellement une ponction lombaire. Ces examens permettent de visualiser d’éventuelles lésions et de rechercher des marqueurs biologiques spécifiques dans le liquide céphalorachidien.

La sclérose en plaques touche plus fréquemment les femmes que les hommes, et le diagnostic survient le plus souvent chez l’adulte jeune. La reconnaissance des signaux prodromaux (fatigue, douleurs, troubles de l’humeur) comme possibles précurseurs de la SEP ouvre une fenêtre. Elle ne transforme pas chaque épisode de fatigue en alerte, mais elle invite à considérer l’ensemble du tableau clinique plutôt qu’à traiter chaque symptôme isolément.

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