L’asthme chez l’adulte n’est plus géré comme il y a dix ans. Les recommandations GINA récentes ont modifié en profondeur la stratégie de prise en charge, et pourtant la majorité des patients adultes restent sur des schémas thérapeutiques obsolètes. Comprendre ces évolutions permet d’accompagner efficacement un asthmatique au quotidien.
Abandon du SABA en monothérapie : ce que changent les recommandations GINA
Le bronchodilatateur de courte durée d’action (SABA) utilisé seul en traitement de secours a longtemps constitué le réflexe standard. Ce schéma est désormais abandonné par les recommandations internationales. Le SABA seul n’est plus recommandé à aucun stade de l’asthme adulte, en raison d’un risque accru d’exacerbations sévères et de mortalité lié à sa surconsommation.
Les stratégies GINA récentes s’organisent désormais en deux « tracks ». L’option préférentielle repose sur une association corticoïde inhalé-formotérol (ICS-formotérol) utilisée à la fois comme traitement de fond et comme traitement de secours. Ce principe, désigné sous les acronymes MART ou AIR, simplifie la prise en charge : un seul dispositif, un même geste, que la situation soit stable ou en crise.
Nous observons que cette approche réduit la confusion fréquente entre inhalateur de fond et inhalateur de crise, confusion qui reste l’une des premières causes de mauvais contrôle chez l’adulte asthmatique.
Impact concret sur la pratique quotidienne
Un patient sous MART n’a plus à jongler entre deux types d’inhalateurs. En cas de symptômes, il utilise le même dispositif que pour son traitement quotidien, avec un ajustement posologique. Ce changement paraît anodin, mais il transforme l’observance.
Trop de patients adultes continuent pourtant de recevoir un SABA en monothérapie, sans corticoïde inhalé associé. Ce décalage entre les recommandations et la pratique courante constitue un angle mort de l’accompagnement.

Surconsommation de SABA chez l’adulte asthmatique : un marqueur de risque sous-estimé
Le nombre de flacons de SABA délivrés par an est un indicateur direct du niveau de contrôle de l’asthme. Des données populationnelles relient la quantité de SABA consommée à une augmentation graduelle du risque d’exacerbation et de décès. Ce lien dose-réponse n’est pas encore systématiquement intégré dans les messages d’éducation thérapeutique adressés aux patients.
Un adulte qui renouvelle plus de trois flacons de SABA par an sans traitement de fond adapté présente un profil à risque. Ce seuil, simple à vérifier en pharmacie ou lors d’une consultation, reste pourtant peu utilisé comme outil de dépistage du sous-contrôle.
Rôle du pharmacien dans le repérage
Le pharmacien d’officine dispose d’une vue directe sur les délivrances de SABA. Les entretiens pharmaceutiques représentent une occasion concrète de repérer un patient en surconsommation et d’orienter vers une réévaluation médicale. Nous recommandons d’intégrer systématiquement le comptage annuel de SABA dans tout entretien d’accompagnement du patient asthmatique.
Profils médico-psycho-sociaux et observance du traitement de fond
L’asthme chez l’adulte ne se résume pas à une pathologie respiratoire homogène. L’enquête REALISE, menée auprès de plusieurs milliers de patients européens, a identifié des profils distincts combinant le niveau de contrôle de la maladie, l’attitude face au traitement et le contexte psycho-social.
L’observance du traitement de fond varie considérablement selon le profil du patient. Un adulte qui minimise ses symptômes et se considère « bien contrôlé » alors qu’il ne l’est pas représente un cas fréquent. À l’inverse, un patient anxieux face à sa maladie peut sur-utiliser son traitement de secours sans jamais ajuster son traitement de fond.
- Le profil « minimisateur » sous-estime la sévérité de son asthme et n’adapte pas son traitement, ce qui conduit à des exacerbations évitables.
- Le profil « anxieux-réactif » gère sa maladie crise par crise, avec une forte consommation de SABA et un faible recours au traitement de fond.
- Le profil « observant instable » suit correctement son traitement mais reste mal contrôlé en raison de comorbidités ou d’un phénotype réfractaire aux corticoïdes inhalés seuls.
Adapter l’accompagnement thérapeutique au profil du patient, plutôt que d’appliquer un message unique, améliore significativement le contrôle à moyen terme.

Asthme sévère de l’adulte : quand le traitement conventionnel ne suffit plus
L’asthme sévère se définit par un mauvais contrôle persistant malgré un traitement adapté associant plusieurs médicaments. Ce n’est pas simplement un asthme « plus fort ». Il s’agit d’un phénotype distinct, qui concerne une minorité de patients mais concentre une part disproportionnée des hospitalisations et du coût de la maladie.
La caractérisation phénotypique (éosinophilique, neutrophilique, mixte) oriente aujourd’hui vers des biothérapies ciblées. Ces traitements, qui agissent sur des médiateurs spécifiques de l’inflammation (anti-IL5, anti-IL4/IL13, anti-IgE), ont modifié le pronostic des asthmes sévères résistants aux corticoïdes inhalés à forte dose.
Critères d’orientation vers un centre spécialisé
Avant d’envisager une biothérapie, nous recommandons de vérifier plusieurs points souvent négligés :
- La technique d’inhalation est-elle correcte (vérification pratique, pas seulement déclarative) ?
- L’observance du traitement de fond est-elle réelle (compteur de doses, historique de délivrance) ?
- Les comorbidités aggravantes (reflux gastro-oesophagien, rhinosinusite chronique, obésité, syndrome d’hyperventilation) ont-elles été recherchées et traitées ?
- L’exposition aux allergènes et irritants (tabac, moisissures, exposition professionnelle) a-t-elle été réévaluée ?
Un asthme qui semble sévère se révèle parfois mal contrôlé pour des raisons corrigeables. L’escalade thérapeutique vers les biothérapies ne se justifie qu’après avoir épuisé ces vérifications.
L’accompagnement d’un adulte asthmatique repose aujourd’hui sur une lecture fine du profil individuel, du suivi des délivrances de SABA et de l’application des stratégies MART. Le décalage entre les recommandations actuelles et la pratique courante reste le principal levier d’amélioration du contrôle de la maladie chez l’adulte.